Interview : Nicolas Portal "Un bon début de saison pour Chris Froome"

Interview : Nicolas Portal "Un bon début de saison pour Chris Froome"

Suite au Tour de Romandie, Nicolas Portal, l'un des directeurs sportifs du Team Sky a accepté de répondre à nos questions. Avec nous il est revenu sur le début de saison de ses coureurs, et notamment du vainqueur du Tour de France 2016, Chris Froome.

 

Bonjour Nicolas, avant de passer au sportif un petit mot sur ce qui l’affaire Gianni Moscon. Tu étais présent en Romandie, comment as-tu vécu cet épisode et que penses-tu de ce dernier ?

C’est regrettable, car ce ne sont pas des mots que l’on a envie d’entendre de la bouche d’un sportif, car il est censé donner l’exemple. C’est d’autant plus rageant, car je pense pas que dans le monde du cyclisme, il y ait des gens racistes. C’est un sport tellement dur que tout le monde se respecte. Après il y a des moments vraiment tendus dans le final des étapes, où ça frotte énormément. Du coup la tension monte, on voit des choses pas très correctes, il y a des mots qui fusent, des insultes, et certaines d’entre elles sont inacceptables. Après l’arrivée, Kevin (Réza) est allé voir Gianni, et ce dernier s’est excusé. Ensuite nous sommes allés voir la FDJ le lendemain dans le bus, car on prenait ça très au sérieux, ce n’est pas quelque chose qu’on cautionne, au contraire.

Comment juges-tu le début de saison de Chris Froome ?

Le début de saison avait été plutôt bon. Les choses ont bien commencé en Australie, et ensuite en Catalogne, il était mieux que l’an passé. Il nous a surpris sur cette course, car le leadership devait aller à Geraint, et on ne l’attendait pas aussi fort. Pourtant, lors de la première étape de montagne, on ne le sentait pas à l’aise, on voyait qu’il poussait vraiment pour rester avec les meilleurs, et trois jours après, c’est là que l’on voit que c’est un champion, puisqu’il était dans le coup pour la victoire d’étape. Il fait partie de ces coureurs qui sur la classe et la fraîcheur, en poussant la machine, parviennent vite à passer les paliers, et on le l’avait jamais vu aussi bien à cette période. Ensuite il y a eu cette erreur tactique, qui n’est pas importante, même si elle nous a fait du bien. Cela donne un « petit coup de pied aux fesses », qui nous remet sur les rails et nous indique qu’il faut toujours rester concentré.

Comment expliquer donc cette contre-performance en Romandie ?

Chris sortait d’un camp d’entraînement à Ténérife, et tout allait bien, il était dans la même situation qu’en Catalogne. Ensuite, il y a eu ces 2-3 jours de froid en début d’épreuve, qui ont vraiment affecté les coureurs. Il faut bien se rendre compte qu’il ne faisait pas seulement froid, mais que pendant 4 heures, le jeudi, le peloton a du affronter une pluie qui tombait à une température de 2°C. C’est encore plus froid que l’eau qui vient de votre frigo (amusé). Et à ce niveau-là, l’eau s’infiltre partout, au travers des vêtements. Au début cela n’est pas trop gênant, car la température corporelle permet de le supporter, mais après quelques heures, tout le monde est frigorifié, et les organismes souffrent énormément. Et pour revenir à Chris, je pense qu’il a payé tout cela, et dans la dernière étape en ligne, il n’avait tout simplement pas les jambes. Dès le pied de la montée finale, on a vu qu’il ne pouvait pas suivre le tempo imposé. Un vrai jour sans, ce qui est d’autant plus surprenant, que pendant la première partie d’étape tout allait bien, qu’il était motivé, et qu’il attendait la dernière montée. On avait un plan, et finalement, il a pas eu les jambes, ce qui lui arrive rarement. Je n’ai même pas souvenir de la dernière fois où cela s’est produit.

Pas d’inquiétude dans l’optique du Tour de France donc ?

Non, car même si il a gagné deux fois en Romandie par le passé, ce n’était pas non plus transcendant. L’an dernier par exemple, il gagne une étape, mais c’est aussi parce qu’il n’était plus dans la course pour le général. Il y a vraiment une évolution dans l’approche de ces courses de rentrée par rapport à ses débuts. L’idée, il y a quelques années, c’était qu’il apprenne à être leader, et qu’il fasse donc toutes les courses pour les remporter. Il y avait donc un gros travail mental par rapport à ça, mais ça coûte beaucoup de fonctionner comme cela, et psychologiquement, on ne peut pas faire ça tous les ans. Il faut à un moment que le corps récupère, et c’est pour cela que depuis deux ans, on a modifié les choses. Surtout sachant qu’il enchaîne désormais Tour de France et Vuelta, donc il faut qu’il ait de la fraîcheur, non seulement physique, mais aussi mentale. Quand on a ce programme, il faut être motivé, tous les matins, tous les jours pendant quasiment trois mois, et si on arrive déjà un peu émoussé par le début de saison, on aura beau être très fort, on aura pas ce petit truc en plus qui permet de se surpasser. Ce qui fait qu’on va se donner 110 %.

En Romandie, un de vos anciens coureurs semble être au top de sa forme (Richie Porte), est-ce qu’il sera à ton avis le plus dangereux adversaire en juillet ?

C’est compliqué de répondre, même si c’est sûr qu’il va être dangereux, parce que c’est la deuxième année qu’il est chez BMC, et que j’imagine que maintenant, il doit commencer à se sentir à l’aise, et en confiance. C’est un Tour de France qui peut lui convenir, car il est très explosif. Il arrive à tenir une vitesse très rapide sur 4 à 5 minutes, et c’est là où il est dangereux, car comme en Romandie, c’est lui qui va choisir à quel moment il veut placer son effort, et là il faudra s’accrocher. Que ce soit Froomey, Quintana, Contador ou Valverde.

Pour finir sur le Tour, vous avez recruté un français cette année, est-ce que Kenny sera au départ de la Grande Boucle en juillet ?

On y a pensé cet hiver. L’idée c’était de le mettre dans un premier temps au Dauphiné. Il a fait un très bon début de saison, et s’est très bien intégré au sein du groupe, et nos leaders du Giro ont souhaité l’avoir avec eux pour la course. Du coup, pour lui, ce sera compliqué d’enchaîner et de faire deux Grands Tours d’affilée. Il faut donc y aller étape par étape avec Kenny, et pourquoi pas penser à la Vuelta en fin de saison.

Revenons maintenant sur le début de saison de l’équipe, es-tu globalement satisfait des performances de tes coureurs ?

Oui, on est satisfait, globalement l’équipe mûrit, et les choses se passent bien. Pour ma part je suis vraiment content de la victoire de Sergio Henao lors de Paris-Nice. C’est un succès qui m’a fait plaisir, car c’est une course qui me tient à cœur, et qu’on est assez proches lui et moi. J’adore cette course, car c’est un espèce de mini-tour, et on a également un mix de tous les coureurs, que ça soit ceux qui participent aux Grands Tours, ou bien les classicmen. En plus pour moi, ça a un parfum particulier, car quand j’ai débuté en tant que directeur sportif, j’étais numéro 2, derrière Sean Yates quand Brad (Wiggins) a fait 3ème en 2011, idem en 2012 lorsqu’il a gagné, et ensuite je me suis retrouvé numéro un sur la course toutes ces dernières années, avec notamment à la clé deux succès pour Richie (Porte). Enfin, on est venus avec Geraint Thomas, qui était soi-disant un « leader de fortune », de l’avis de nombreux observateurs, et on ne nous prenait pas vraiment au sérieux. Au final, il remporte la course avec beaucoup de panache, et devant Contador. Plus la victoire de Sergio cette année.

Concernant le reste du début de saison, le bilan des classiques est un peu mitigé, car si on a fait de superbes classiques ardennaises, cela a été un peu plus compliqué sur la pavés, même si on a un groupe jeune, qui peut encore progresser.

On a notamment retrouvé un grand Michal Kwiatkowski, qu’avez-vous changé dans sa préparation cet hiver ?

Je pense qu’il se mettait peut-être beaucoup de pression suite à son titre de champion du monde, et j’ai l’impression que le titre l’a un peu bridé. Ensuite en arrivant chez nous, il s’est dit qu’il allait oublier cette année compliquée, qu’il s’est un peu mis la pression, et que ça n’a pas fonctionné. Cette année du coup, on lui a expliqué qu’il fallait peut-être revenir aux bases, qu’il avait les qualités pour briller, et qu’il ne fallait pas trop en faire, et du coup, cela s’est très bien passé. Dès l’Algarve, on a senti qu’il était présent, même si il n’était pas à son poids de forme. Tout simplement ensuite, tout s’est mis en place, et il a gagné en confiance. Peut-être qu’on fonctionne un peu différemment de Quick-Step, et que le changement ne lui a pas convenu, ce pourquoi il a fallu une année d’adaptation. En tout cas, là il s’épanouit, et on espère que cela va continuer.

Gianni Moscon que l’on évoquait en début d’interview a vraiment confirmé et notamment à Roubaix. N’est-ce pas finalement son terrain de prédilection les classiques, ou allez-vous tenter de le transformer en coureur de GT ?

On ne va pas le transformer (rires). Disons qu’il est un peu comme Geraint Thomas, il a envie de tout faire. Il avait fait les classiques, mais ensuite, il a eu envie de participer au Tour de Romandie pour courir avec Froomey. On lui a dit, « Ecoutes Gianni, tu as fait les flandriennes et les ardennaises, Tirreno, le Trentin, ça fait un peu beaucoup. » Mais on ne peut pas le brider, ou le mettre dans une case, surtout à son âge. L’idée c’est donc qu’on le préserve, afin qu’il ne se fatigue pas trop, tout en lui ouvrant un panel de courses qui lui permette de tout découvrir. Car il n’est pas comme les autres, il fait partie de ces coureurs qui peuvent être bons sur les pavés, comme sur les classiques ardennaises, sans avoir fait de préparation spécifique, ni être à son poids de forme. En Romandie il était costaud aussi, l’an passé il gagne le Tour de Norvège, alors que ça grimpait quand même pas mal. Donc il apprend, et on ne veut surtout pas comme je le disais, le mettre dans une case. A son retour, il va faire la fin de saison, et ensuite il pourra réfléchir à ses envies, c’est à lui de vraiment savoir ce qui lui plaît, car le panel, il l’a. C’est à lui de nous guider selon ses goûts, et ensuite, nous on l’aidera à progresser.

On a moins vu un coureur comme Ian Stannard, notamment sur les classiques ?

C’est compliqué, pourtant la préparation s’est bien déroulée, et la forme était bonne à l’entraînement, mais au final ça ne s’est pas déroulé comme on l’aurait souhaité. Il a manqué un petit quelque chose. Il était déçu, mais l’équipe continue de lui faire confiance, car on sait que la période des classiques est toujours compliquée. Après une période de repos, il va prendre le temps d’analyser ce qui n’a pas fonctionné avec son entraîneur, même si ce n’est jamais facile de pointer ce qui n’a pas été.

Pour finir, peux-tu nous donner des nouvelles de Benat Intxausti, qui n’a pas couru depuis le dernier Tour de Pologne ?

Visiblement cela va de mieux en mieux pour lui. Il arrive à rouler à l’entraînement et à faire des sorties de 3h – 3h30, avec un peu d’intensité. C’est donc encourageant, mais on est frustré pour lui, parce qu’il avait fait seulement quelques courses avec nous l’an passé, et en plus c’est vraiment un super gars. Mais là depuis quelques semaines, il arrive à enchaîner les entraînements sans que la mononucléose ne le gêne trop.

 

Propos recueillis par Mylène Terme (crédit photo : team sky)

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