Interview : Charles Planet "Je me suis fait plaisir sur Milan-San Remo"

Interview : Charles Planet "Je me suis fait plaisir sur Milan-San Remo"

Présent au sein de l'échappée matinale lors de Milan-San Remo, Charles Planet a passé plus de 250 kilomètres en tête de course avant d'être rattrapé dans le Capo Berta. Pour Velo-Club.net, et quelques jours après l'arrivée, le coureur de l'équipe Team Novo Nordisk s'est livré sur sa journée à l'avant.

 

Comment prépare t-on une course comme Milan – San Remo, est-ce différent d’une autre épreuve au vu de la distance ?

J’ai effectué ma dernière course il y a presque trois semaines lors du Tour d’Abu Dhabi, car je suis tombé malade le jour du contre-la-montre (4ème étape), et en sachant que je devais reprendre sur Milan-San Remo, j’ai effectué un gros travail d’entraînement à la maison. J’ai notamment fait deux grosses sorties de 7 heures, dont une sous la pluie, donc c’était une bonne préparation pour moi, et même si c’était dur, on a vu samedi que le travail avait payé. J’ai également travaillé un peu pour être plus résistant, mais sinon, non ça ne change pas grand-chose par rapport à d’autres courses, la seule différence, c’est que c’est la seule fois de l’année où on fait 7 heures de selle.

Tu as réussi à prendre l’échappée, peux-tu nous dire comment ça s’est fait ?

J’ai vu dès le fictif que ça n’allait pas être si facile que ça, parce que c’était déjà très nerveux. Ça bataillait pas mal, et on a même eu des chutes avant le départ réel. Donc ouais, ça a vraiment bataillé dès le début. Cette année, j’ai été assez présent dans les échappées, ce qui fait que j’engrange de l’expérience, et que j’arrive à mieux voir quand les bons coups partent. Après 10 bornes, ça bagarrait toujours pas mal, mais il y avait un rond-point, et je savais que tous les ans, à cet endroit, il y a 10 coureurs qui peuvent passer sans ralentir, et que derrière, ça freine. J’ai donc fait ce qu’il fallait pour rester devant, et juste après ce rond-point, j’ai fait le forcing, et ça a fonctionné parfaitement.

Comment se déroule une échappée sur une épreuve aussi longue, a t-on le temps d’échanger, de planifier le rythme auquel on va rouler ?

En fait on ne discute pas vraiment ensemble, et tout le monde est un peu dans son monde. C’est une course où dans la première partie, on ne récupère pas vraiment car c’est tout plat, donc on est constamment en train de pédaler à un rythme imposant. Après on s’observe, pour voir qui en fait moins et comment est le coup de pédale de chacun, mais sur une course comme ça, l’échappée est vraiment là pour montrer le maillot et aller le plus loin possible ensemble.

Et est-ce qu’on y croit justement quand on est échappé sur une course comme Milan – San Remo, où les attaquants du matin ne vont jamais au bout ?

Oui, il me semble qu’une échappée n’est jamais arrivée au bout, donc forcément, c’est super difficile d’y croire, et je ne vais pas te mentir, pas une seule fois je ne me suis dit que ça irait au bout. Néanmoins, j’ai essayé de me faire plaisir, et de me rappeler que j’étais échappé sur une des plus belles courses au monde, que j’avais la chance d’être là, et je me suis juste fait plaisir à appuyer sur les pédales pendant les 6 heures et demi d’échappée.

Vous avez été repris dans les premiers Capo, c’est ça ?

Non, on a été repris dans le dernier Capo avant la Cipressa, le Capo Berta. Au pied de ce dernier, on avait 40 secondes d’avance sur le peloton, donc je savais que c’était plié. On avait tous la jambe déjà bien lourde, après 240-250 kilomètres d’échappée. Je me suis donc calé en fin de peloton jusqu’à la Cipressa, et ensuite j’ai simplement trouvé un groupe pour finir à mon rythme, et j’ai passé la ligne. Le job de la journée était effectué, ce qui était une grosse satisfaction, et j’ai ensuite terminé « tranquille » avec un groupe.

Est-ce qu’on gère différemment le rapport au diabète sur une épreuve si longue ?

C’est différent pour tous les coureurs du peloton, je ne vais pas mentir la-dessus. J’ai vu notamment une interview de Marcel Kittel qui est un très grand coureur, et qui a indiqué qu’il ne s’était simplement pas assez alimenté. Nous à ce niveau, on est comme les autres, même si il faut toujours bien faire attention à notre alimentation, surtout sur une course longue comme celle-ci. Dès la première heure, c’est important de directement s’alimenter, sinon on le paye cash dans le final. C’est vrai aussi qu’on prend notre premier repas le matin à l’hôtel à 6h30 le matin, et qu’on termine la course aux alentours de 17h30, tout ça en pédalant toute la journée sur le vélo, donc c’est certain que la gestion de l’alimentation est super importante.

Pour finir, un mot sur ton début de saison, on t’a vu souvent à l’avant, est-ce que tu sens que tu prends un peu plus de caisse par rapport aux saisons précédentes ?

C’est ma 5ème année, donc j’ai plus d’expérience. J’ai aussi la chance d’avoir un coach avec qui ça se passe super bien, et qui est à l’écoute, et cet hiver, j’ai senti que j’avais passé un gros cap. J’ai de bonnes jambes depuis le début de saison, je fais attention à tout, et cela se passe bien. Je vais me retrouver prochainement sur des courses où je vais plus espérer réaliser un résultat, et le but ne sera plus vraiment de prendre une échappée, ou alors d’en prendre une qui a des chances d’aller au bout. C’est vraiment l’objectif des prochains mois. En début de saison, n’étant pas un pur sprinter, j’ai plus essayé de prendre les échappées, que ce soit à Dubai ou à Abu Dhabi. Et à Dubai, j’ai pu voir que malgré le fait d’avoir effectué 300 bornes dans les échappées, j’arrive à terminer dans le groupe de 25 qui a joué la gagne lors de l’étape-reine. Tout ça m’a rassuré sur ma forme, c’était un bon test pour moi.

Est-ce qu’il y a des courses que tu as ciblé particulièrement dans les prochains mois ?

Je me dirige vers le Grand Prix Miguel Indurain dans deux semaines, même si la course sera un peu trop dur pour moi, et que je serai plus présent pour aider mon leader. Ensuite, je serai au départ de la Flèche Brabançonne. Certes, il y aura un gros niveau juste avant les classiques ardennaises, car tout le monde sera au top de sa forme, mais c’est le type de course qui me convient vraiment bien, et ensuite, je me dirigerai vers la Croatie, où j’espère qu’une étape pourra me convenir.

Propos recueillis par Charles Marsault (crédit photo : ©GettyImages/TDWSport)

 

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